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Upstream Journal

magazine on human rights & social justice

La stigmatisation et répression des Montagnards de Vietnam

  • 2011 / May
  • By Timothée Labelle
  • 3
Journal

La stigmatisation et répression des Montagnards de Vietnam

«Les Montagnards sont victimes d’un nettoyage ethnique. Leur monde est détruit par la mondialisation, la modernisation et les répressions du gouvernement vietnamien» dit Scott Johnson de la Montagnard Foundation Inc.

La nuit du 16 octobre 2007, alors qu’elle y dormait avec ses trois enfants, la maison d’H’Aner a été brûlé par des policiers vietnamiens. Ils avaient appris quelques jours plus tôt que son mari supportait une organisation américaine défendant les droits du peuple montagnard au Vietnam, la  Montagnard Foundation Inc. (MFI). À ce jour, le sort de la famille d’H’Aner est inconnu de la MFI.  Photo: MFI

La nuit du 16 octobre 2007, alors qu’elle y dormait avec ses trois enfants, la maison d’H’Aner a été brûlé par des policiers vietnamiens. Ils avaient appris quelques jours plus tôt que son mari supportait une organisation américaine défendant les droits du peuple montagnard au Vietnam, la Montagnard Foundation Inc. (MFI). À ce jour, le sort de la famille d’H’Aner est inconnu de la MFI. Photo: MFI

La répression des Montagnards par les autorités vietnamiennes prend plusieurs formes, visibles et invisibles. Des manifestants pacifiques battus en pleine rue, des prêtres chrétiens montagnards assassinés après avoir refusé de se joindre aux groupes religieux autorisés par le Parti communiste vietnamien (PCV), nombre de prisonniers torturés et des femmes stérilisées de force sont les traces visibles de la répression.

Deux importantes manifestations pacifiques, en 2001 et 2004, ont donné lieu à une réponse particulièrement violente des autorités vietnamiennes aidées de la police cambodgienne. Le gouvernement cambodgien se plie aux fréquentes demandes d’Hanoï, puissance politique et militaire régionale, en participant à la répression.

L’ethnocide silencieux

Ces violations des droits humains sont toutefois les manifestations d’un mal plus profond. Les Montagnards souffrent d’une autre oppression, celle de l’exclusion et de l’ethnocide silencieux.

« C’est du racisme, les Khin (l’ethnie majoritaire) se considèrent supérieurs aux Montagnards. Ils les appellent Moï, qui signifie sauvages » souligne Kay Reibold de la Montagnard Human Rights Organization (MHRO), une organisation vouée à promouvoir l’héritage culturel montagnard.   « Il y a «vietnamisation» de leur culture et de leur langue dans les changements du nom des rues, des rivières, des provinces décidés à Hanoi ».

Parallèlement, le PCV les déloge de leurs terres ancestrales, en surexploite les ressources naturelles et relocalise les Montagnards dans des régions isolées, loin des sources d’eau potable et des régions au climat plus tempéré.

« On assiste depuis plusieurs décennies à la délocalisation systématique du peuple montagnard vers des territoires hostiles » dit M. Johnson. La déforestation et l’usage de produits chimiques sur leurs territoires traditionnels anéantissent leurs chances de retrouver une vie normale.

Au début du XXe siècle, durant la colonisation française, le peuple montagnard avoisinait 3,5 millions d’individus concentrés dans les plateaux du centre du Vietnam. Ils ne seraient aujourd’hui qu’un million.

Les politiques du PCV visant les Montagnards, prises pour la plupart au début des années 1990, reposent en partie sur un argument historique. L’appui des Montagnards aux milices américaines durant la Seconde Guerre d’Indochine et leurs constantes revendications d’autogestion sur leurs terres ancestrales suscitent l’ire des dirigeants communistes et contribuent à la stigmatisation des Montagnards. De plus, leur fervente foi chrétienne entraîne aussi la répression du pouvoir vietnamien.

« Plus une ethnie est religieuse, plus elle est préoccupée par la justice, la liberté, la démocratie, des valeurs opposées à celles du régime communiste vietnamien » explique Nguyen Ba Tung, directeur de l’organisation coordonnant l’implication des défenseurs de droits humains au Vietnam, le Vietnam Human Rights Network (VHRN). Dû aux importantes restrictions à la liberté de presse exercées par le PCV, il est difficile d’obtenir des données précises sur la situation des Montagnards persécutés, comme la famille d’H’Aner.

La vie dans la repression

La population montagnard vit dans une pauvreté extrême, résultat des délocalisations forcées.

« Les taux de pauvreté sont incroyablement plus élevés dans les régions du nord et dans les plateaux centraux, où les Montagnards sont concentrés, que dans le reste du pays. C’est un autre exemple d’ethnocide » dit Mme Reibold.  « Le gouvernement restreint le développement économique de ces régions et entrave souvent les efforts des organisations humanitaires ».

« Les Montagnards sont confrontés à de graves persécutions au Vietnam, notamment ceux qui fréquentent des églises de maison indépendantes, car les autorités ne tolèrent pas l’activité religieuse qui échappe à leur contrôle », a expliqué Phil Robertson, Human Rights Watch. Photo: MFI.

« Les Montagnards sont confrontés à de graves persécutions au Vietnam, notamment ceux qui fréquentent des églises de maison indépendantes, car les autorités ne tolèrent pas l’activité religieuse qui échappe à leur contrôle », a expliqué Phil Robertson, Human Rights Watch. Photo: MFI.

Le quotidien des Montagnards est de surcroît bouleversé par les intenses pressions du PCV visant à restreindre l’exercice de la foi chrétienne. Si la liberté religieuse est garantie dans la constitution du Vietnam (1992), elle est limitée aux religions officielles reconnues par le PCV.

Les forces de l’ordre s’appuient sur cette limitation pour torturer et tuer certains tenants d’églises domestiques, de lieux de cultes clandestins ou même de simples citoyens faisant la prière.

La discrimination à l’endroit des Montagnards touche aussi les exilés. Les réfugiés souffrent souvent de détresse psychologique.

Mme Reibold se charge de l’accueil des réfugiés montagnards aux États-Unis, une part importante du mandat de la MHRO, basée en Caroline du Nord.  « Les impacts sur les réfugiés aux États-Unis et au Canada sont évidents. Des décennies de racisme et de persécutions affectent non seulement la qualité de vie des Montagnards vietnamiens mais aussi l’esprit de tout un peuple ».

Les restrictions imposées par le PCV à l’exercice de la liberté religieuse des Montagnards sont connues de l’Occident et des Nations Unies. Les États-Unis et les autres grandes puissances refusent cependant de mettre en péril leurs relations avec un joueur émergent pour la défense des droits des minorités et de certains droits humains fondamentaux.

« Le gouvernement américain pourrait faire tellement plus » dit M. Johnson. « Les câbles diplomatiques de Wikileaks des relations américo-vietnamiennes révèlent une clause ‘ne pas mentionner les Montagnards’ ».


La puissance régionale vietnamienne

Depuis le début des années 2000, le Vietnam est le pays de la péninsule sud-est asiatique qui consacre le plus grand pourcentage de son Produit Intérieur Brut (PIB) au militarisme, surclassant le Cambodge, la Thaïlande, l’Indonésie et la Chine, selon les données officielles. Le Vietnam est aussi le second pays s’étant le mieux tiré de la crise économique de 2008, affichant une croissance globale au-dessus de la barre des 5% chiffre que seul le Laos a aussi pu atteindre dans la péninsule d’Asie sud-orientale. Ces deux données, combinées à l’octroi d’un siège non-permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies en 2008 et de la présidence de l’Association des pays d’Asie du sud-est (ASEAN) en 2010 assurent au Vietnam le rôle de puissance dans cette région du globe.


La persécution des moines bouddhistes

La survie d’autres communautés religieuses est menacée par les tendances répressives du PCV. En outre, la situation des moines bouddhistes d’origine cambodgienne dans la région australe de la vallée du Mekong se rapporte à celle des Montagnards. Elle est décriée par nombres d’organisations non-gouvernementales, Human Rights Watch en tête. Là encore, racisme, pauvreté, exclusion sociale et répression religieuse se mêlent.

En 2007, une manifestation pacifique réunissant 200 moines a donné lieu à une réaction violente des autorités vietnamiennes. Plusieurs dizaines de moines ont été emprisonnés, certains ont été battus, d’autres forcés de professer l’abandon de leur foi. En signe de protestation, plusieurs ont pratiqué l’immolation par le feu.

Timothée Labelle est étudiant de deuxième année au Baccalauréat en relations internationales et droit international de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Il a fait un stage au Upstream Journal à l’été 2011.

Timothée Labelle – who has written posts on Upstream Journal.


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3 Comments

  1. Nicolas B.

    Article intéressant.

    “Le Vietnam est aussi le second pays s’étant le mieux tiré de la crise économique de 2008, affichant une croissance globale au-dessus de la barre des 5% chiffre que seul le Laos a pu atteindre dans la péninsule d’Asie sud-orientale.”

    Erreur. Le Laos n’est pas le seul. Il y a le Vietnam, aussi, ha ha !

    “Les réfugiés souffrent souvent de détresse psychologique. Mme Reibold se charge de l’accueil des réfugiés montagnards aux États-Unis, une part importante du mandat de la”

    De la quoi ? Il manque la fin de la phrase.

    C’est quoi, MHRO ?

    Reply
    • sjccjs

      Merci Nico. Nous avons corrigé les erreurs. MHRO – < < la Montagnard Human Rights Organization (MHRO), une organisation vouée à promouvoir l'héritage culturel montagnard. >>

      Reply
  2. Nicolas B.

    “Your comment is awaiting moderation.”

    Oh oui, surtout, de la modération, du tiède. :-/ Et que vive la censure !

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