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De la révolution à la crise : la réalité des femmes syriennes

  • 2014 / May
  • By Par Laurie Druelle
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De la révolution à la crise : la réalité des femmes syriennes

 Une jeune révolutionnaire syrienne fait des graffitis sur les murs de Damas « l'armée syrienne libre arrive ».

Une jeune révolutionnaire syrienne fait des graffitis sur les murs de Damas « l’armée syrienne libre arrive »

Depuis le début de la révolution syrienne et de la crise qui s’en suivit, les femmes syriennes ont multiplié leurs efforts pacifiques pour assurer la survie de leurs familles et communautés.

Yasmine et Lama* ont accepté de partager leur histoire malgré les probables représailles du gouvernement. Bien que ces deux syriennes ne se connaissent pas, leurs histoires ont plusieurs points communs et démontrent l’importance du rôle des femmes dans cette crise. *prénoms fictifs

Yasmine, de l’ « Assemblée de filles de Damas » est une révolutionnaire vivant à Damas, la capitale, encore contrôlée par le gouvernement.

Lama, de l’ « Assemblée de filles de Darayya » est en banlieue de la capitale et fait face aux combats constants entre l’armée d’état et l’Armée syrienne libre.

Toutes deux expliquent qu’à partir de 2011, les discussions entre collègues, professeurs et groupes d’amis se centraient de plus en plus autour de l’ouverture démocratique du pays. Lama et Yasmine, comme plusieurs autres femmes, ont alors rejoint les rangs des manifestants.

Yasmine

Yasmine avait 20 ans quand les premières manifestations pacifiques ont commencé. « J’avais la vie d’une étudiante typique, j’étudiais les sciences et lorsque je n’étudiais pas, j’allais voir mes amis » dit-elle.

Depuis, les tensions ont augmenté entre le peuple et le gouvernement, Yasmine a mis un terme à ses études et consacre l’ensemble de ses journées à la révolution. Tout l’avant-midi, elle aide sa communauté en distribuant de la nourriture ou des fonds venant de l’extérieur. L’après-midi, elle participe à des manifestations et fait des graffitis alors que le soir et la nuit, elle rejoint les femmes de son groupe pour créer des pancartes et coudre des drapeaux révolutionnaires. Le vendredi, les hommes se rassemblent à la mosquée pour manifester. Les forces du gouvernement suivent souvent ces manifestations et font feu sur les participants. Ces jours-là, les femmes se préparent durant l’avant-midi pour recevoir les blessés et les soigner, précise Yasmine.

Comme le dit Yasmine, hommes, femmes, enfants, ou vieux, le gouvernement ne fait pas de différence. Tous peuvent faire face à la mort, aux arrestations, au viol ou à la torture. Les soldats sont libres de tout faire et sans autre motif que leur humeur de l’instant : arrestations, perquisitions ou viols.

«Dès la première journée, nous voulions une révolution pacifique et nous la voulons encore. Nous ne souhaitons pas les combats, mais lorsqu’il ne vous reste plus rien, que des soldats d’Assad pointent leurs armes sur vos enfants et votre famille, que les hélicoptères et des avions bombardent tous les jours vos maisons, qu’est-ce qu’un homme peut faire sinon que de prendre une arme à son tour pour se défendre ? Imaginez, les crimes d’honneurs étaient encore permis en Syrie, maintenant nous n’avons plus peur, on sait qu’il n’était plus possible de vivre comme nous l’avons fait pendant 40 ans, nous savons que nous avons notre mot à dire, que nous valons quelque chose en tant que peuple et aussi en tant que femmes. »

Yasmine, qui fut emprisonnée durant trois jours, est catégorique : « Il y a maintenant deux ans que nous travaillons pour la révolution, j’ai été forte dès le début, toute notre vie, toute notre liberté a, et est encore, mise à l’épreuve. Nous allons continuer de demander le départ d’Assad. Même si nous n’avons rien qui garantit notre sécurité, que nous avons peur, nous continuerons la révolution en honneur à tous nos martyrs qui se sont sacrifiés et pour les prisonniers de conscience, nous ne nous arrêterons pas, nous ne les oublierons pas. »

Lama

De son côté, Lama est retournée dans sa ville natale, Darayya, pour porter main forte à sa communauté, abandonnant, à 27 ans, son travail d’interprète. Le 25 août 2012, les forces gouvernementales sont entrées dans sa ville et ont arbitrairement tué 360 civils. Par la suite, l’Armée syrienne libre, formée par des civils et déserteurs de l’armée nationale, est venue combattre et a libéré la ville. Depuis, les combats persistent entre les deux forces. Missiles aériens, tanks qui détruisent tout sur leur passage, attaques de snipers, pénurie de nourriture, coupures d’électricité et morts meublent le quotidien. Aujourd’hui, il ne reste plus que 2 000 des 250 000 habitants de Darayya, les autres habitants étant, selon elle, réfugiés ou morts.

Lama s’est surtout impliquée avec les femmes de sa ville : les réunions entre femmes faisant partie du quotidien attiraient moins les soupçons des agents gouvernementaux. Via ces rencontres clandestines, Lama organisa des cours sur les droits humains, la démocratie et la justice transitionnelle à mettre en place suite à la chute du régime. « La plupart des femmes n’étaient pas au courant qu’elles avaient elles-mêmes des droits à défendre par rapport aux hommes. » dit-elle.

Les violences s’exacerbant, la jeune femme comprit que son Assemblée devrait se concentrer sur la formation aux premiers soins, l’offre de support aux personnes âgées et aux orphelins de la révolution qui ont subi de sérieux traumatismes et délaissa ainsi la sensibilisation.

« Comment est-ce qu’on peut dire à une mère dont deux, trois, quatre ou même cinq de ses enfants se sont fait tuer par le gouvernement, par des bombardements ou des explosions, qu’elle a des droits à défendre en tant qu’être humain. Qu’elle doit se joindre à nous pour défendre des principes de démocratie et de justice alors que c’est son humanité toute entière qui s’est fait bafouer par le régime ? »

À Darayya, les femmes sont tellement convaincues que le gouvernement tombera, qu’elles ont déjà débuté l’établissement d’une « sous-société » viable et autonome. En effet, à Darayya, par exemple, les femmes ont, conjointement avec d’autres citoyens, mis en place des bureaux financiers, pour la distribution de l’aide financière aux déplacés et familles sans domicile et un bureau de police mené par des bénévoles civils pour gérer les litiges du quotidien.

Leur plus grande fierté est la diffusion d’un journal nommé « Enab Baladi » qui a pour objectif de continuer la formation aux droits humains, de garder les citoyens au courant de l’évolution du conflit, de donner des astuces pour transporter des personnes blessées ou encore de traiter des souffrances du deuil. Les femmes ont souvent bravé les dangers pour distribuer les copies dans les rues de la ville.

« Chaque communauté peut faire face à ses problèmes et en discuter. On trouve les moyens de s’autogérer et de se préparer à la transition du régime vers un nouveau gouvernement. » explique Lama.

Depuis le début de la crise, Lama a dû abandonner sa maison avec comme seuls bagages, les vêtements qu’elle portait. Depuis, elle a changé plus de quatre fois d’abris, alors qu’elle est responsable de ses neveu et nièce de cinq et trois ans.

« Dès le départ, nous savions que nous faisions notre devoir de citoyens, que nous pouvions être arrêtés, kidnappés, ou même tués mais nous sommes encore déterminés à continuer et à arriver à nos objectifs. Si nous arrêtons maintenant en pleine crise, rien ne changera.

Malgré tous nos efforts, le Régime est encore en place, il continue de commettre des atrocités, il envoie du phosphore blanc au-dessus des villes. Tant que la communauté internationale n’agira pas et ne forcera pas Assad à partir, nous continuerons nos efforts, et l’Armée syrienne libre continuera de lutter contre les forces gouvernementales. Ces violences continueront tant et aussi longtemps que le peuple syrien n’aura pas obtenu sa dignité ou qu’il sera entièrement défait. ».

Par Laurie Druelle – who has written posts on The Upstream Journal.


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